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La science de la créativité

28 sept. 2020 —
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En 1926, le psychologue Graham Wallas accédait à la notoriété en décomposant le processus de la création en quatre phases fondamentales : la préparation, l’incubation, l’illumination et la vérification. Ces phases sont identiques aux différentes étapes avec lesquelles tout étudiant en design se familiarise au cours de sa formation, et elles correspondent à ce à quoi la plupart des designers et des agences de communication sont confrontés lorsqu’ils relèvent un nouveau défi. Mais comment ces phases s’articulent-elles exactement ?

En 1926, le psychologue Graham Wallas accédait à la notoriété en décomposant le processus de la création en quatre phases fondamentales : la préparation, l’incubation, l’illumination et la vérification. Ces phases sont identiques aux différentes étapes avec lesquelles tout étudiant en design se familiarise au cours de sa formation, et elles correspondent à ce à quoi la plupart des designers et des agences de communication sont confrontés lorsqu’ils relèvent un nouveau défi. Mais comment ces phases s’articulent-elles exactement ?

Le design : une façon unique de résoudre les problèmes

La règle générale veut que la créativité soit définie par l’aptitude à générer des idées tout à la fois novatrices et utiles. Ce qu’il y a toutefois de fascinant dans la créativité, c’est qu’elle revêt de nombreuses formes, qu’elle s’adapte aux types de problèmes qu’elle est censée résoudre, et que cela s’applique tout aussi bien au champ de la recherche scientifique, qu’à celui de l’expérience artistique, voire même, aux problèmes de la vie quotidienne. Prenons l’exemple du design thinking, la démarche inspirée du design. Dans le processus qui est le sien, le design diffère profondément des approches artistiques et scientifiques. Le design doit, en effet, répondre à toute une série de contraintes que la démarche artistique ignore totalement. Quant à l’approche scientifique, le design s’en distingue en ce sens où il constitue un processus « ouvert » : à une question donnée, telle que, par exemple, la mise au point d’une identité visuelle, le design accepte ainsi qu’il puisse y a avoir autant de réponses que de personnes cherchant à résoudre le problème.

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De l’impression au design de logos et à l’architecture, la créativité est partout :

@printmakingmoneygang ; Logotype d’Apple ; Musée Sumida Hokusai, Tokyo, par Kazuyo Sejima.

Imaginons qu’un graphiste soit chargé de créer une nouvelle identité visuelle pour une entreprise. La recherche cognitive a mis en évidence l’importance de la phase de préparation, ou de recherche, dans la conception créative1. Pour faire court, plus les recherches effectuées sur un problème son importantes plus il est probable qu’une réponse créative s’en dégagera. Notre graphiste commence donc par cette phase de préparation et des recherches, et établit une cartographie claire des besoins de son client tout en recueillant le plus d’informations possible sur l’histoire de l’entreprise, sur des marques similaires et sur certains éléments visuels afin d’alimenter ainsi son cerveau en données.


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Fig. 1 Les phases de la créativité telles qu’elles sont expliquées par Graham Wallas.

Une fois que le cerveau a fait le plein de toutes ces informations, notre graphiste entre alors dans les phases d’incubation et d’illumination, qui constituent le moment où les divers éléments se rencontrent et où les nouvelles idées prennent vie : ce temps est celui de la créativité à proprement parler. Ces phases sont suivies par la phase de vérification, au cours de laquelle les nouvelles idées font l’objet d’une évaluation consciente visant à s’assurer qu’elles fonctionnent réellement.

On le voit, notre graphiste a bien eu son mot à dire durant les phases de préparation et de vérification, car celles-ci se sont déroulées de manière pleinement consciente. La manière dont on passe de la phase d’incubation à celle de l’illumination – ce moment suspendu auquel intervient comme une sorte de révélation – demeure toutefois difficile à bien comprendre, tant les tenants et les aboutissants de cette étincelle intuitive semblent insaisissables. C’est précisément sur ce point que les dernières recherches en neurosciences peuvent nous aider à lever un peu le voile.

Tout tient aux connexions de notre cerveau...

Les neurosciences mettent en évidence le fait que notre capacité créative dépend fortement d’une partie de notre cerveau appelée le réseau par défaut, qui consiste en un ensemble de zones réparties en différents endroits de notre cerveau et qui sont actives lorsque nous sommes en état de repos éveillé ou de rêverie. Il est, par conséquent, important que notre créateur puisse disposer de suffisamment de temps et de tranquillité pour entrer dans cet état et s’engager dans le processus créatif. Contrairement, toutefois, à ce que nous imaginions auparavant, cet état de rêverie est loin d’être passif.

Une récente étude2 montre, en effet, que le processus créatif fait également intervenir le réseau de contrôle, qui est une autre zone du cerveau associée à l’évaluation et au contrôle cognitifs. Ces deux parties du cerveau fonctionnent généralement de manière distincte, mais, fait assez unique, il apparaît qu’elles sont interconnectées lorsqu’elles sont engagées dans une pensée créative. Lorsque les idées émergent, les interconnexions qui existent entre le réseau par défaut et le réseau de contrôle les soumettent constamment à un processus d’évaluation et de révision.

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Fig. 2 Le processus créatif.

L’étude a également montré qu’une corrélation directe existe entre l’intensité de ces connexions et l’aptitude à être créatif, à tel point qu’il s’est révélé possible de prédire correctement la capacité créatrice d’un sujet en en examinant l’imagerie cérébrale.

La bonne nouvelle de ces recherches, c’est que la plasticité de notre cerveau peut nous aider à créer et à renforcer ces connexions. Les neuroscientifiques ont, à cet égard, mis en œuvre un test simple afin de mesurer la créativité : c’est le test dit de la « pensée divergente ». Dans ce test, les sujets sont invités à considérer un objet, tel qu’un parapluie, et à imaginer des fonctions alternatives pour cet objet. Les réponses peuvent aller de « légèrement divergentes » (utiliser le parapluie pour se protéger du soleil, p. ex.) à « fortement divergentes » (utiliser le parapluie en guise de voile sur un skateboard, p. ex.). Dans une étude publiée par le professeur Andreas Fink, 53 sujets ont, quant à eux, été invités à pratiquer la pensée divergente pendant deux semaines, à raison de 30 minutes par jour. Les observations réalisées dans le cadre de cette étude ont permis de conclure que les zones du cerveau des sujets « entraînés » à la pensée créative s’étaient ensuite montrées plus efficaces pendant le test que celles des sujets « non entraînés ».

L’idée est que plus nous mettons notre créativité à contribution, plus nous avons de chances d’être créatifs. Cela peut commencer par des tâches extrêmement simples. En 2015, une agence spécialisée dans les ressources humaines a ainsi publié une étude dans laquelle il apparaissait que les personnes utilisant le navigateur par défaut de leur ordinateur (Safari ou Internet Explorer) étaient moins susceptibles de conserver leur emploi que celles qui avaient installé de nouveaux navigateurs web, tels que Firefox ou Chrome3. Ce qui importe, ici, tient moins au navigateur que vous choisissez d’utiliser, qu’à l’idée même de prendre le temps de remettre les options en question et d’emprunter un chemin différent de celui qui est indiqué.

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De l’art au marketing, le papier en tant que vecteur de la créativité : installation artistique pour la biennale de Kortrijk @interieur_be ;
Articles de papeterie de la gamme Keaykolour par @bureaudesign ; 

Conception de décors en paper art par @maudvantours & @charleshelleu pour skpmagazine.

Autre découverte : l’hippocampe, qui fait partie du réseau par défaut, est l’endroit dans lequel nous pouvons reconstruire nos souvenirs, imaginer l’avenir, et il joue également un rôle actif lorsque nous sommes engagés dans un processus créatif. D’autres recherches ont montré que la zone du cerveau soutenant la créativité prenait également en charge la mémoire, et que le fait de se souvenir d’un événement ou d’un endroit de manière aussi détaillée que possible pouvait temporairement augmenter le nombre d’idées générées dans le cadre d’une tâche créative.

... et à notre environnement

Mais revenons à notre graphiste. Il sait maintenant que s’il veut être aussi créatif que possible pour le projet qui lui a été confié, il existe un certain nombre de choses qu’il peut faire : travailler sérieusement à la définition du cadre, s’accorder un peu de temps pour laisser les idées émerger, et se montrer suffisamment concentré pour être en mesure de les analyser. Il doit également, et de manière quotidienne, exercer sa créativité dans d’autres domaines. Mais qu’en est-il de son environnement ? Interrogée sur le processus créatif, la neuroscientifique Anna Abraham explique : « Ce qui apparaît avec évidence, c’est qu’une grande partie de ce qui peut déclencher un mode créatif, par opposition à un mode non créatif, est d’ordre situationnel ».

Diverses études ont montré l’importance que pouvait avoir notre environnement de travail dans la détermination de notre capacité à travailler de manière créative ou non. Bien que l’idée du génie solitaire soit extrêmement répandue, il a été démontré que l’exposition aux idées des autres constituait, en soi, un excellent moteur de créativité (le brainstorming a enfin acquis ses lettres de noblesse scientifiques ;-).

De la même manière que ce qui se produit dans l’oscillation entre notre état de rêve et notre état d’analyse, il est important de trouver l’équilibre entre les moments de réflexion et les moments où nous recevons le plus d’informations possibles afin d’être créatifs.

La multidisciplinarité pourrait également jouer un rôle fondamental, et les recherches montrent, à cet égard, que le fait de réunir au sein d’une même équipe des personnes provenant d’horizons divers tend à en renforcer la créativité globale. Dans l’idéal, il faudrait donc que notre graphiste recherche un lieu de travail où il pourrait partager ses connaissances avec des professionnels de différents domaines. Mais qu’en est-il de la taille de son équipe?

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Bien avant que la recherche ne mette en évidence les avantages de la multidisciplinarité, des artistes issus d’horizons différents ont collaboré pour créer de grandes œuvres d'art :
Les champs Magnétiques, juin 1919, par André Breton et Philippe Soupault,
Empaquetages sur le Port, par Christo et Jeanne-Claude

Les scientifiques estiment, en effet, que la taille d’une équipe pourrait, elle aussi, constituer un élément déterminant. Une récente étude universitaire4 a, sur ce point, procédé à l’analyse de 65 millions d’articles, de brevets et de produits logiciels couvrant la période 1954-2014. Les recherches montrent que, tout au long de cette période, les petites équipes ont, dans les domaines de la science et de la technologie, eu tendance à adopter des approches disruptives en proposant de nouvelles idées et en identifiant de nouvelles opportunités, tandis que les grandes équipes plus spécialisées ont, elles, plutôt eu tendance à développer des idées existantes. Pour favoriser la créativité, une petite équipe intersectorielle pourrait donc s’avérer optimale.

Même si la science s’intéressant à la manière dont la créativité peut être éveillée n’en est qu’à ses premiers balbutiements, il est important de rappeler que la créativité n’est pas tant un don qu’une compétence, qu’il est possible d’entraîner et de développer, avec les bons outils, un environnement adéquat et une certaine dose de volonté. Qu’il s’agisse d’imaginer une nouvelle utilisation pour un parapluie, de commencer à jouer d’un instrument de musique ou de construire de nouvelles choses avec une boîte en carton, chaque petite chose peut devenir un exercice. Si cela implique également d’être à l’écoute des autres et d’exercer sa propre curiosité, force est néanmoins de constater que, en fin de compte, tout dépend surtout de soi-même. Car comme l’a écrit l’auteur hongrois Arthur Koestler : « l’activité créatrice peut être décrite comme un type de processus d’apprentissage dans lequel l’élève et le professeur forment un seul et même individu ».